Né le 16 janvier 1918 à Jasses (diocèse de Bayonne), baptisé le 19, Pierre Lagouardat a prononcé ses premiers vœux à Balarin le 15 août 1938 ; il a fait sa profession perpétuelle le lundi de Pâques, 26 avril 1943, en Palestine. Ordonné prêtre à Bethléem le 20 février 1944, il vit sa vie de religieux apostolique hors de son pays, au Maroc et en Algérie d’abord, puis 44 ans au Paraguay à Asuncion : au collège San José comme professeur ou préfet de discipline (1950-1967) et à la paroisse San José (vicaire puis curé). En 1994, il choisit de venir prendre sa retraite à Bétharram où il s’éteint le 25 octobre 2007 au matin.

Deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem… tandis qu'ils parlaient, Jésus lui-même s'approcha…

(Lc 24,13ss)

Le Chemin d’Emmaüs le Père Pierre Lagouardat l’avait parcouru, à pied peut-être, car c’est à Emmaüs qu’il va prononcer son engagement perpétuel comme religieux du Sacré-Cœur. À Emmaüs, tout est loin de finir. Cela recommence plutôt ! Marqué par le Christ-Prêtre, le Père Pierre, après six ans de Terre Sainte, ne pourra pas venir célébrer sa première messe à Jasses. C’est la guerre, les voyages en bateau sont dangereux en certaines zones. Alors… direction Alger-Casablanca, et le voilà un peu dans la première équipe du Collège Charles de Foucauld, Sonis aussi, et aux heures de fondation il y passera une année.

Il faut quitter l’Afrique du Nord, la famille en Béarn... Commence pour lui, avec appréhension, sa mission au Paraguay. En définitive, il y vivra comme en paradis, actif, généreux et aimé. Sa charge de curé le met au contact de tous les âges. Il veillera plus particulièrement sur les personnes âgées.

Après presque 50 ans alors, comme ce fut dur de quitter ce coin de paradis, où il avait côtoyé longuement « Paï Saubat », ce merveilleux fils de Lestelle-Bétharram. Mais pour le Père Pierre, Lestelle n’est pas son chez soi. Il faut le reconstruire en ce lieu qui va devenir, de plus en plus, la maison de retraite, son horizon plus court, et les dépendances… pour lui qui éclatait d’indépendance ! Faire fleurir la patience au milieu de mille causes d’impatience. Accepter de ne pas avoir tout tout de suite. Entrer dans une certaine solitude, même au milieu de ses Frères. Deviner encore que, là-bas d’où il vient, la vie aussi a évolué… « le collège de mon temps »… « la paroisse quand j’y étais »… Cette impression que « s’il y était resté au moins, les choses n’en seraient pas là. »

La désespérance de disciples, au matin de Pâques. La lourdeur de l’être de chair, mais d’une chair travaillée par l’Esprit… esprit lent à croire en totalité. Et cette question : « Pierre, m’aimes-tu ? » Et, avec une petite larme à l’œil : « Oui, Seigneur, tu sais tout. Tu sais bien que je t’aime. »

Gabriel Verley,SCJ

Bétharram, 27 octobre 2007, introduction aux obsèques