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| 8 février 1925 - 26 mai 2007 |
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Le Père Eugenio Amitrano a vu le jour le 8 février 1923. Sixième de huit enfants, il suit les cours de “l’Université du Père Fourcade”, comme on appelait l’école du Sacré Cœur de Barracas dirigée de main de maître par le mémorable P. Théodore Fourcade. À 12 ans, il passe de l’école élémentaire à l’apostolicat (petit-séminaire de la Congrégation dans un bâtiment proche). Tout jeune déjà il se distingue par ses aptitudes littéraires et artistiques. Il fait son noviciat à Barracas et inaugure le scolasticat d’Adrogué, le 5 février 1945, avec les futurs Pères Domingo Miner, Enrique Lasuen, Alberto Larrañaga, et d’autres. Vu ses capacités intellectuelles, son ordination sacerdotale est avancée (24 septembre 1949) pour l’envoyer étudier à Rome. Le docteur en théologie frais émoulu de la Grégorienne commence son ministère à l’apostolicat de Barracas. En plus de l’accompagnement spirituel, il s’occupe du chœur et donne des cours de latin, grec, français, botanique, psychologie, philosophie, piano et travaux pratiques. En 1960, il est nommé supérieur de la communauté et directeur de l’apostolicat, lequel devient collège secondaire quatre ans plus tard - ce qui permet aux petits-séminaristes d’obtenir des diplômes officiels. En 1966, le P. Eugenio reçoit la charge de curé de la Basilique du Sacré Cœur, laquelle avait besoin de sérieuses restaurations. Il s’attelle à la tâche avec détermination et avec le concours de fidèles enthousiastes ; il en profite pour adapter l’édifice aux normes liturgiques de Vatican II. Parmi les initiatives pastorales de cette période : renouvellement du laïcat par le biais des Cursillos de Cristiandad ; nouvel élan des préparations au mariage ; création d’un centre de loisirs et d’une école des acolytes, au rayonnement diocésain ; réaménagement des locaux paroissiaux ; crèches monumentales pour Noël… En 1992, il s’éloigne de son cher Barracas après plus de 25 ans ; un intermède d’un an à l’église Saint-Jean Baptiste, et le voilà à la Villa Bétharram d’Adrogué comme maître des novices. Il s’y dévoue aussi au service du diocèse de Lomas de Zamora. Nommé supérieur de la communauté de Rosario en 2001, sa santé déclinante le fait revenir à Adrogué. Depuis 2003, c’est un peu le patriarche de la maison de formation, établie en noviciat régional, où il retrouve son ami et condisciple Enrique Lasuen. Homme de prière et témoin jusque dans la maladie, il vit dans sa chair le mystère de la croix, célébrant l’Eucharistie autant qu’il peut lever les bras… La dernière mention de son registre de messes célébrées porte le numéro 25.496. Nul doute qu’il a dépassé les 26.000 ! De constitution robuste et de nature joyeuse, le P Eugène aimait le beau chant, le bien parler, la bonne cuisine… Dès sa prime jeunesse, cet amoureux des belles lettres cultivait l’art de la lecture, de la poésie et du théâtre. Animateur de revues, amateur de belle musique, auteur de saynètes, directeur de chœur (notamment au scolasticat d’Adrogué), il s’était fait de grands amis, tant religieux, diocésains (y compris des cardinaux et des évêques) ou laïcs (certains étant devenus bienfaiteurs de la Basilique et du collège annexe). Le Père savait accompagner de près sa nombreuse famille. C’était aussi un prédicateur remarquable, sollicité à la cathédrale de Buenos Aires et dans les provinces de l’intérieur, pour des retraites et missions paroissiale. Prêtre au zèle ardent, il courait au premier appel d’un malade, de jour et de nuit, quel que sois le temps. Grand confesseur, il donnait le pardon sacramentel en tout lieu, debout, assis, en marchant… combien de pèlerins de Notre Dame de Lujan ont bénéficié de sa présence ! Il ne disait jamais non quand il s’agissait de remplacer un confrère pour une messe ou une célébration, tant à Barracas qu’à Adrogué jusqu’à la limite de ses forces. Le P. Eugenio a lutté constamment contre son tempérament sanguin et impulsif. Il n’hésitait pas à demander pardon, même en public, quand il réalisait qu’il avait blessé quelqu’un. Le Sacré Cœur, et le Bon Pasteur, ont façonné son cœur, sans lui épargner dépouillement et déracinement. « Le vœu d’obéissance est celui qui me coûte le plus », confiait-t-il, notamment quand il dut quitter Barracas au bout de 25 ans… Son passage à Rosario fut marqué du sceau de la maladie. Aussi, quand il demanda à revenir à Adrogué, le Sacré Cœur continuait de le ciseler. Et lui, en bon disciple de saint Michel Garicoïts, il se laissa mener « là où il ne voulait pas ». Il offrit ses jambes, qui avaient tant marché, et astreint au fauteuil roulant, il apprit à dépendre des autres. Il offrit sa voix, qui avait retenti, sans micro, sous les voûtes de notre Basilique, et dans son silence forcé, il méditait dans son cœur, comme Marie, le mystère du me voici qui avait dirigé sa vie de bout en bout. Au soir du samedi 26 mai, jour de Marie, il a rejoint l’Église du ciel pour boire à même la source de Vie et d’Amour. Avec le P. Amitrano, c’est tout un style de vie bétharramite et sacerdotale, toute une façon d’être Église du Christ, qui disparaît. Puissions-nous avoir la même générosité et le même allant pour être l’Église que veut Jésus en ce début du 3e millénaire ! Francisco "Paco" Daleoso,SCJ |