3 février 1914 - 25 mars 2007

À l’aube du 25 mars 2007 le P. Alessandro del Grande a achevé son pélerinage terrestre. Hospitalisé depuis quinze jours pour une tumeur à l’estomac, il s’est éteint entouré de membres de sa communauté d’Albavilla. Né le 3 février 1914, le P. Alessandro fut parmi les premiers jeunes envoyés en Espagne (Mendelu) puis en France (Bétharram, Balarin où il prononçat ses premiers vœux en 1932). Il fit sa théologie à Bethléem, où il fut ordonné prêtre en juillet 1938.

C’est une figure significative de la Province qui s’en va : il est lié aux débuts de la présence bétharramite en Italie et de son organisation en Vice-Province dans les années 50. Surtout, le P. Alessandre a formé des générations de bétharramites. Il commença son service de formateur comme maître des novices à Albiate en 1948, puis poursuivit à Monteporzio et enfin à l’apostolicat d’Albavilla dont il fut responsable pendant plus de 40 ans. C’est là encore qu’il acheva sa course, cette dernière décennie, à la communauté Saint-Michel qu’il vit à regret se vider de jeunes en formation. Les obsèques ont été célébrées en l’église d’Albavilla le 27 mars,  au lendemain de l’Annonciation. (notice du P. Graziano Sala, Supérieur provincial)

Marie dit alors:

  « Voici la servante du Seigneur ; que tout

se passe pour moi selon ta parole." (Lc 1,38)

« Laissons faire le Seigneur ». Cette phrase, le P. Alessandro l’avait souvent sur les lèvres. Même quand on lui demanda ce qu’il éprouvait devant le Séminaire vide, il répondit : « Laissons faire le Seigneur ». Un acte de foi, pas de désengagement. Au contraire, c’était l’expression de sa totale disponibilité et de son abandon à Dieu qui guide toute chose de sa main aimante. Comme le patriarche Abraham, fort de sa foi, il est parti étudier à Bétharram à l’âge de 10 ans… en 1938, c’est en prêtre fraîchement ordonné qu’il rentra de Terre Saint en Italie.

Son parcours de fondateur commence de rien, de Colico à Albiate, Monteporzio, Albavilla enfin. C’est là qu’il se fixe, même si, à travers sa nombreuse postérité de prêtres formés par ses soins, il rejoint diverses régions d’Italie, d’Amérique latine, d’Afrique, et jusqu’aux contrées marginales de sidéens en phase terminale. En tant que confesseur et directeur spirituel, il a marqué de son empreinte beaucoup de personnes, laïcs compris. Et même si ces dernières années il avait l’impression de faire le « fainéant », selon ses propres termes, il a accompli un travail immense par la prière : « Je prie pour que tu agisses bien ». Sans oublier que le P. Alessandro était de fait aumônier, et que les pensionnaires de la maison de retraite Pia Roscio lui tenaient à cœur. Mais le pèlerinage le plus authentique du P. Alessandro, c’était sa vie intérieure ; quatre notes la caractérisaient :

- la douceur : sa mansuétude l’a conduit à traiter les gens avec bonté. Ces derniers temps, à l’hôpital, il ne cessait de dire : « Sois gentil… » « Sois gentil » : des mots qui disent tout le respect que le P. Alessandro portait aux autres, au point de penser à eux avant de penser à lui-même.

- le sourire et l’accueil : il accueillait toujours les personnes le sourire aux lèvres ; il n’a jamais fermé sa porte à quiconque. Le P. Alessandro était un homme content, content du don de la vocation dont il remerciait le Seigneur.

- la simplicité.

Il y a cependant un fil d’or qui a tissé son existence, au point de tracer un dessin : l’Incarnation. La tradition d’Orient voit ainsi l’Annonciation : l’Ange, face à Marie les bras ouverts ; à la main droite, une pelote dont le fil rouge sang rejoint le sein de la Vierge pour y « tisser » le Fils de Dieu, la Vie éternelle, la Vie divine. De ce Mystère d’un Dieu qui se fait chair pour nous rendre semblables à Lui dans une vie comme la Sienne, et qui porte le nom de Jésus s’écriant « Père, me voici », de ce Mystère d’Amour éternel et tendre, miséricordieux et fidèle, hérité de saint Michel Garicoïts, le P. Alessandro a cherché à suivre les traces dans son désir profond de répondre à l’appel à la sainteté, jusque dans l’humilité de sa personne et de son expérience. Être saint. C’est que le Père Alessandro volait haut dans son idéal de vie, comme…

Allez-Xandrin.

cette hirondelle qui volait sur la région de la Brianza. Les hirondelles sont difficiles à repérer : soit elles se blottissent sous les portiques, soit tu dois embrasser l’horizon pour les rencontrer, parce que leur nature les porte à voler haut dans le ciel, et elles ne sont pas du genre à faire du rase-mottes. Elles ont besoin de tout l’espace de la liberté, car elles ne survivraient pas aux cages étouffantes de cette terre.

Allez-Xandrin aimait l’infini. Mais en même temps, il était en quête d’une maison, d’un nid… pour donner la vie. Tiens, voilà le portique qu’il me faut ! Oui, tout juste celui-là ; rien ne se fait au hasard. Des petits doivent y vivre : c’est si important ! Des brins de paille, de l’argile, allers-retours, pétrissages divers… et voilà, le nid est prêt. Et après ? Après, un autre nid. Il y a tant d’oisillons à accueillir. Comme s’il existait un projet auquel il fallait obéir. Rien à voir avec un caprice.

Le nid fait, il fallait prendre soin des œufs, des oisillons qui émergeaient tout nus de leur coquille : penser à leur donner à manger – en temps de disette, c’était un vrai miracle de trouver l’indispensable becquée indispensable - ; s’occuper de leur fringale de ciel pour les orienter dans l’envol. Souvent, il les prenait sous ses ailes et les écouter avec le cœur pour les lancer dans les hauteurs de leurs désirs les plus vrais. Allez-Xandrin aimait se reposer d’une étranger façon. Plutôt que le nid, il préférait planer, immobile, à la chaleur du soleil, en se laissant porter par le vent. Puis, il retournait à son travail.

Un jour vint un gros nuage noir qui l’emporta soudain dans les airs. Et tandis qu’il s’en allait, comme  il avait l’habitude de se pencher à sa fenêtre, il regarda vers le bas, tous ceux qu’il avait dans son cœur, et leur lança des yeux un dernier salut : Tchao ! Je t’aime bien ! Tchao ! Tchao!

Pietro Villa,SCJ

homélie de la messe de funérailles

église d'Albavilla, 27 mars 2007